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Tribune de Philippe GOUJON et Pierre-Yves BOURNAZEL (Le Figaro 08/08/2015)

Crise des migrants : la révision de Schengen ne doit plus être un tabou

FIGAROVOX/TRIBUNE - Pour Pierre-Yves Bournazel et Philippe Goujon, l’Europe mais aussi l’État français doivent mettre en place une stratégie durable pour sortir de l’impuissance et de l’improvisation dans la crise des migrants.

Pierre-Yves Bournazel est conseiller de Paris du XVIIIe et conseiller régional (LR) et Philippe Goujon est député-maire du XVe arrondissement (LR)


Depuis le début de l’année, 224 000 migrants sont arrivés sur le sol européen en provenance de l’autre côté de la Méditerranée, selon les derniers chiffres du Haut Commissariat aux Réfugiés (HCR) des Nations-Unies. En sept mois, ce sont plus de 2000 personnes qui ont péri en mer lors de tragiques traversées.

Aujourd’hui, l’ONU appelle la France à présenter un « plan d’urgence global » face à la crise des migrants de Calais. Pourtant, malgré l’urgence, cet appel n’est pas nouveau. A l’été 2014, le HCR lançait déjà un appel « pour une réponse urgente, globale et durable en premier lieu par les autorités françaises ».

C’est la passivité et l’inertie du gouvernement Valls qui est en question. C’est le manque d’initiative française tant au niveau international qu’européen qui est ici en cause. C’est l’improvisation des pouvoirs publics pour gérer les campements de migrants, les évacuations et les hébergements d’urgence, notamment à Paris, qui doit nous interroger.

Qu’ont fait les responsables socialistes depuis l’été 2014 pour proposer une stratégie durable à une crise qu’ils font mine de découvrir ?

Depuis un an, la situation s’est considérablement aggravée avec un afflux massif de nouveaux réfugiés à Calais ou dans la capitale.

Notre devoir est de construire une stratégie de long terme face à cette problématique des migrants qui s’affirme aujourd’hui comme une des principales inquiétudes des français et des européens.


Enfin, il ne peut y avoir de stratégie de long terme sans revoir la politique de coopération avec les pays de la Méditerranée. L’accès légal à l’Union Européenne exige d’abord une démarche cogérée avec les pays de départ.


Une stratégie de long terme qui doit s’élaborer autour d’une dimension globale dans le traitement de ces flux migratoires et d’une dimension locale dans la gestion quotidienne de ces nouveaux arrivants.

Dans la dimension globale de ces nouveaux flux migratoires, on ne peut tout d’abord faire l’économie de la pertinence du maintien de Schengen en l’état actuel.

Comme le rappelle très bien le géographe Michel Foucher, la convention de Schengen était fondée sur un objectif interne : la libre circulation réservée aux ressortissants des pays signataires. Or, on ne peut que constater que celle-ci ne répond plus à ses objectifs initiaux face à la réalité du terrain où l’afflux de migrants change la donne. La révision de Schengen ou l’élaboration d’un Schengen II ne doit pas un être un tabou si l’on veut réellement prendre en compte les évolutions du monde et répondre aux nouveaux défis que rencontre l’Europe.

La crédibilité de l’Union Européenne dans cette crise repose également dans sa capacité à protéger ses frontières. En ce sens, la faiblesse de moyens à laquelle l’agence Frontex a trop longtemps dû faire face ne peut plus durer. Le renforcement de son dispositif opérationnel doit devenir une réalité sans attendre. Les quelques subsides symboliques accordés récemment ne seront pas à la hauteur de l’enjeu. C’est pourtant la riposte immédiate et le signal fort que l’Union Européenne doit envoyer aux réseaux mafieux qui exercent une forme d’esclavagisme moderne.

Enfin, il ne peut y avoir de stratégie de long terme sans revoir la politique de coopération avec les pays de la Méditerranée. L’accès légal à l’Union Européenne exige d’abord une démarche cogérée avec les pays de départ. Mais, c’est aussi l’action extérieure de la France et de l’Europe à travers des aides ciblées au développement et des programmes cogérés de migration circulaire que nous devons repenser afin de maintenir sur place ces populations. Par ailleurs, face à la guerre et aux violences notamment en Syrie, en Libye ou en Erythrée, il nous faut apporter une réponse diplomatique d’envergure. On attend de Monsieur Hollande des décisions courageuses. La France doit reprendre l’initiative au Proche et Moyen-Orient comme en Afrique.


Du campement sous le pont aérien du boulevard de la Chapelle, à celui de la halle Pajol, puis du jardin d’Eole jusqu’à l’occupation d’un lycée du 19ème arrondissement, le problème se déplace dans différents lieux de la capitale selon un triste jeu sans fin de chaises musicales.


Toutefois, c’est avant tout dans la dimension locale que la crise des migrants trouve sa résonance la plus directe et la plus cruelle par l’installation de campements aux conditions de salubrité indignes et par les inquiétudes légitimes des populations qui sont confrontées quotidiennement à ces arrivées de réfugiés. Que ce soit du côté des migrants ou du côté des riverains, il y a un réel sentiment d’abandon.

Ainsi, depuis plusieurs mois, malgré les multiples alertes sur le terrain de la multiplication de campements de fortune dans le nord de la capitale, la ville de Paris est restée passive, refusant de regarder la réalité en face. Que penser de l’attitude de Madame Hidalgo, maire de Paris, qui ne s’est pas rendue une seule fois sur place ?

Cette inertie coupable conduit à une situation intenable dans laquelle les évacuations de campements se succèdent pour laisser place systématiquement à de nouvelles installations dans les rues ou les jardins parisiens.

Du campement sous le pont aérien du boulevard de la Chapelle, à celui de la halle Pajol, puis du jardin d’Eole jusqu’à l’occupation d’un lycée du 19ème arrondissement, le problème se déplace dans différents lieux de la capitale selon un triste jeu sans fin de chaises musicales.

L’improvisation apparait aujourd’hui la seule stratégie de la ville de Paris. On navigue à vue, à tel point que la ville reconnait ne pas disposer d’estimation du nombre de migrants présents dans la capitale.

La dernière improvisation municipale de maintenir une occupation illégale d’un lycée du 19ème arrondissement, après avoir voulu le faire évacuer dans un premier temps témoigne d’une absence de stratégie et d’un manque de volontarisme ; le gouvernement lui-même craignant que la Ville fasse de Paris un nouveau « Sangatte ».

Au niveau local, la recherche d’une solution d’équilibre doit s’organiser selon trois grands principes :

- Humanité envers les migrants

- Fermeté vis à vis des réseaux de passeurs

- Tranquillité des riverains.

A cet effet, le raccourcissement des délais de traitement du droit d’asile s’avère un enjeu majeur, car traiter dignement les demandeurs d’asile, c’est d’abord pouvoir leur dire rapidement s’ils pourront rester ou non sur notre territoire et ainsi reconduire dans leur pays d’origine les déboutés.