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Paris en danger !

par le Sénateur Philippe Dominati

Un projet innovant, mobilisateur, ambitieux, le Grand Paris, décidé et impulsé par Nicolas Sarkozy est aujourd’hui au point mort. Pourtant le président sortant avait lancé ce concept quelques mois après son élection, car il considérait que l’enjeu était crucial : maintenir la place de la capitale dans l’Europe, c’est assurer la prospérité pour la région Ile de France qui est le moteur de notre économie nationale.

La compétition qui concerne Paris est internationale et vitale pour notre pays. Il nous faut demeurer parmi les cinq premières métropoles de rang mondial pour jouer un rôle d’entraînement et de redistribution pour l’ensemble de l’économie française.

Très rapidement le Président s’est trouvé confronté aux réticences des membres de sa famille politique qui ne voulaient pas évoquer une réforme du périmètre de Paris et de sa gouvernance qui aurait entrainé inéluctablement une redéfinition des pouvoirs. Nicolas SARKOZY a beau être un homme d’autorité, il ne devait pas être facile notamment dans les Hauts-de-Seine ou le Val-de-Marne d’expliquer à des maires amis qu’il fallait voir plus grand et qu’en plus, cette décision risquait de profiter aux adversaires socialistes qui détiennent déjà la municipalité parisienne et la région Ile-de-France. Aussi, il a décidé de contourner cette difficulté et de remettre à plus tard la réforme institutionnelle en étant pragmatique et en démontrant concrètement l’utilité d’un regroupement des forces dans la création d’un super métro qui devait être réalisé rapidement et servirait à fédérer les divers pouvoirs locaux.

Alors que je lui demandai, si vraiment au nom du modernisme, il fallait encore laisser à l’Etat la maîtrise de ce projet de transport collectif alors que dans tous les pays et dans toutes les métropoles, l’Etat ne décide plus, depuis bien longtemps, de la gestion des bus, il m’a fait cette réponse : « Tu as raison , mais je suis pressé ». Ainsi, la réponse justifia les moyens… et le choix de la création d’une quatrième société d’état pour gérer les transports publics en Ile-de-France.

Aujourd’hui, avec l’alternance, les socialistes disposent de tous les pouvoirs. Le Président de la République dispose d’une configuration exceptionnelle jamais réalisée pour aucun de ses prédécesseurs : les deux Chambres du Parlement, un maire de Paris socialiste qui a la bonne idée de ne pas se représenter, un président du Conseil Régional socialiste qui plaide pour un troisième mandat alors qu’il a un bilan peu probant…. Bref, de quoi décider, trancher, agir et proposer enfin une réforme de la gouvernance et du périmètre de ce Grand Paris dans l’espace régional.

Pourtant rien ne bouge ou plutôt, au lieu de reprendre et de chercher à modifier cette impulsion que Nicolas SARKOZY avait pour la capitale, le gouvernement préfère louvoyer en modifiant en douce la loi électorale moins d’un an avant les élections, et par ailleurs, annonce un retard de près de cinq ans sur la réalisation du super métro. Il faut reconnaître que les services de l’Etat ne permettent pas aux décideurs d’être d’une grande sérénité sur ce sujet puisqu’en l’espace de deux ans les mêmes experts constatent un dérapage de 50% de l’estimation initiale soit un surplus de 9 milliards. Cela rappelle étrangement le processus de réalisation d’EOLE et de METEOR qui ont vu leur coût doubler et le retard atteindre vingt ans dans la réalisation. Alors, l’Etat veut garder le contrôle du projet, mais ne pas payer, et faire payer les contribuables parisiens et les entreprises de la région. Il faut reconnaître que ces dernières ont l’habitude puisqu’elles financent à hauteur de 45% le coût global des transports et à près de 70% le budget d’investissement. L’Etat pour sa part ne met plus rien, même pas le milliard dont il devait doter la société d’état qui va en emprunter 30 pour commencer.

Pendant ce temps, la situation économique de la capitale se dégrade. En 2012, Paris a perdu quatre places en accueillant seulement 108 implantations étrangères (150 en 2011) alors que Londres en recevait 351. Maintenant notre capitale est passée au dixième rang mondial alors que Londres conserve la première place au classement. Pire, pour les fonctions stratégiques - sièges sociaux, R & D, marketing et finances - des grands groupes, ce recul est amplifié et atteint près de 37%. C’est la plus forte baisse des 15 mégalopoles les plus attractives. Il faut également observer que durant cette dernière année le chômage a progressé de 6,5 % dans la capitale et que nous avons appris que le groupe américain qui contrôle la bourse de Paris souhaite la vendre. Pendant que le Premier ministre britannique souhaite déployer « un tapis rouge » aux entreprises qui vont à Londres, les socialistes et leurs alliés multiplient les contraintes.

Mais parler d’économie, d’emplois et de compétitivité à Paris ne fait pas très tendance. Il faut reconnaître que la droite n’est pas exempte de reproches puisqu’elle cultive cette vision ancestrale de la France qui a peur de Paris ce qui lui permet de justifier son interventionnisme et sa vision jacobine de gestion de la Capitale. La gauche prélève et pressure par idéologie au nom de la solidarité et d’une plus juste répartition, la droite prélève au nom du réalisme et de la nécessaire intervention de l’Etat. La droite ne fait pas confiance aux entrepreneurs, aux actifs, aux commerçants et préfère décider de ce qui est bon pour eux. C’est elle qui a créé la taxe spéciale d’équipement qui touche tous les foyers de la région, c’est encore elle qui a demandé à Bruxelles une dérogation pour prolonger le monopole du service public de transport parisien.

En mars 2014, les Parisiens auront l’occasion de s’exprimer à l’occasion des élections municipales. Avant l’été 2013, l’UMP souhaite organiser des primaires et mobiliser les Parisiens bien que le match semble plié puisque MM. Fillon et Copé sont d’accords sur une candidate, qui ne manque pas de courage et de talent d’ailleurs. Ces primaires sont aussi l’occasion d’exprimer notre sentiment de Parisien et dire simplement que nous voulons une candidature qui défende les Parisiens contre les empiétements de l’Etat, comme dans toutes les villes à l’occasion des élections municipales, et non pas une candidature qui arrange nos dirigeants nationaux. Faute de quoi, l’UMP, une nouvelle fois, se recroquevillera à l’ouest et ne répondra pas à l’attente populaire de Parisiens qui veulent tourner la page d’une ville et d’une région gérées par une gauche qui cultive et entretient le misérabilisme. Le moment est venu de proposer un projet basé sur nos valeurs, pour gagner.